Maçonnerie Ancienne : Utilisation de la La chaux

 

HISTORIQUE

 

L'usage de la chaux dans l'habitat remonte à l'antiquité (le carbonate de calcium étant le matériau le plus répandu sur la terre) :

 

les murs de la ville de JERICHO bâtis en briques de terre crue, étaient enduits à la chaux; pour la grande muraille, les chinois se sont servis de la chaux pour stabiliser les terres; au "MAROC, en PERSE, des terrasses, assurant une bonne étanchéité, étaient constituées d'un mortier d'argile, de chaux et de paille.

 

Les grecs et les romains créèrent les liants hydrauliques en additionnant à la chaux des matières pouzzolaniques (briques pilées, cendre volcanique).

 

Dans les "dix livres sur l'architecture" VITRUVE décrit les mortiers et enduits multicouches qui ont permis la réalisation d'ouvrages d'arts comme le célèbre aqueduc nommé "Pont du Gard",

 

La chaux fut utilisée jusqu'à la deuxième moitié du XIXème siècle date à laquelle apparaît la fabrication au stade industriel du ciment (1850: première usine française de ciment Portland artificiel).

 

Une production de chaux existait tous les 30 à 50kms (distance maximale pouvant être parcourue à l'époque). Les produits obtenus étaient loin d'être aussi homogènes qu'aujourd'hui (standardisation industrielle). Le ciment commença alors à remplacer peu à peu la chaux dans l'habitat grâce à sa prise rapide et à ses propriétés mécaniques.

 

Mais c'est seulement dans les premières décennies du XXeme siècle que les fours à chaux, abondants dans nos campagnes, s'éteignent et que le ciment remplace la chaux pour la réalisation d'enduits.

 

Pour la Chaux Hydraulique Naturelle (XHN), le départ de la production rationnelle industrielle, après recensement des sites par Monsieur Vicat, coïncide avec le début de la construction des voies de chemin de fer et des ports.

 

Aujourd'hui, la production de chaux est toujours très importante et se fait au sein d'unités de productions industrielles (près de 3,6 millions de tonnes en FRANCE en 1980), mais seulement 1% du tonnage de chaux aérienne est utilisé dans le bâtiment.

 

Les utilisations principales de la chaux se situent dans l'aciérie, la pétrochimie, l'agriculture, la construction routière.

 

DONNEES TECHNIQUES

 

Une CHAUX est le produit de la cuisson d'un calcaire, suivi d'une extinction.

Chaux aérienne: définition

La chaux aérienne est obtenue par calcination d'un calcaire très pur à, une température voisine de 1000°. Le carbonate de calcium, constituant l'essentiel du calcaire, se dissocie pour donner l'oxyde de calcium (CaO, chaux vive) et du gaz carbonique.

 

Cac03       +      chaleur >     Cac0          +         cO2

carbonate de calcium           Chaux vive           gaz carb

 1kg          +      425 kcal         560g       +           440g

 

La chaux vive (CaO) est hydratée (éteinte) selon la réaction :

 

     CaO      +     H20    >    Ca(0H)2         +       chaleur

chaux vive         eau        hydroxyde de calcium ou chaux éteinte.

   560g      +     180g            740g           +         86,8kcal

 

Le durcissement provient de la re-carbonatation de l'hydroxyde de calcium sous l'effet du gaz carbonique de l'air.

 

Ca(0H)2    +     co2           >      Cac03       +        H20

      chaux éteinte      gaz carbonique    Carbonate         eau

 

Le contact de l'air est indispensable, pas de prise sous l'eau ou si l'épaisseur de mortier est trop importante.

La réaction ne se produit qu'en milieu humide (l'eau se comporte comme un catalyseur).

Distinction Chaux aérienne, Chaux hydraulique

 

La distinction entre Chaux aérienne et Chaux hydraulique se fait par la composition du gisement, dès que la silice est présente, une XHN est obtenue.

-         la chaux aérienne ne durcit, après gâchage, qu'au contact de l'air (C02)

-         la chaux hydraulique après gâchage, durcit en contact de l'air (part aérienne) et avec l'eau (part hydraulique).

 La distinction se fait à l'aide des paramètres suivants:

- indice d'Hydraulicité :

ce paramètre définit les chaux hydrauliques qui tiennent leurs propriétés de l'importance des éléments argileux de la roche mère.

i = % Si02 + % Al203 + % Fe203

         % CaO + % MgO

La chaux grasse (ancienne terminologie chaux aérienne) a un indice d'hydraulicité compris entre 0 et 0,10.

Les chaux hydrauliques ont un indice d'hydraulicité de 0,20 à 0,50. Il est â noter qu'il reste dans les Chaux Hydrauliques Naturelles (XHN) une part importante (de 40 à 60%) de chaux aérienne CA (OH)2.

 Il ne faut tenir compte dans les calculs que de la silice combinée, et non pas de celle du gisement. Ce sont, en fait, les performances à 28 jours, qui caractérisent une chaux hydraulique.

 

FABRICATION DE LA CHAUX

Schéma de production de la chaux

La roche mère

En France, les gisements de roche mère (calcaire) proviennent tous de terrains de l'ère secondaire produits par les dépôts des organismes marins au fond des mers (depuis environ 80 millions d'années).

Parmi les gisements, on trouve les pierres à chaux, les marbres, les craies, les dolomies et travertins. Dans certains pays, des coquillages et coraux; sont également utilisés.

La roche mère doit contenir entre 90 et 96 % de CaCo3 (carbonate de calcium).

Le reste est composé de silice, alumine, oxyde de fer, potasse, soude, sulfate et magnésium.

Il est important de signaler que les normes ont été établies pour l'industrie (sidérurgie entre autres). La présence de silice et d'alumine, néfaste pour l'industrie, offre des propriétés hydrauliques intéressantes pour le bâtiment. De ce fait, les chaux produites artisanalement dans nos campagnes jusqu'avant la deuxième guerre mondiale, étaient généralement issues de calcaires moins purs et les chaux obtenues, bien qu'entrant dans la catégorie "chaux aérienne" (chaux grasse), possédaient une part d'hydraulicité supérieure.

Les chaux grasses traditionnelles étaient, en fait, souvent des Chaux Hydrauliques Naturelles à faible taux d'hydraulicité. D'où la nécessité de presque toujours utiliser des batardages CAEB - XHN.

La calcination

La cuisson de la pierre à chaux s'effectue dans un four dont la technologie a évolué du four archaïque jusqu'au four industriel moderne. On peut citer:

·             Le four à chaux archaïque composé d'un énorme empilage de bois sur lequel sont disposés les morceaux de calcaire.

·             Le four discontinu artisanal où le feu est maintenu sous la voûte de roche mère

·             Le four continu traditionnel où le calcaire est mélangé avec le combustible.

·             Les fours industriels modernes à combustibles solides, liquides ou gazeux, verticaux ou horizontaux, le type horizontal permettant une production plus importante mais de qualité moindre et coûteuse en énergie.

L'extinction

Traditionnellement, l'extinction de la chaux se faisait sur le chantier par fusion.

"... On étend la chaux sur une aire bien battue et on verse dessus l'eau nécessaire, après l'avoir entourée d'une bordure du sable qui doit servir à faire le mortier..." (Nouveau manuel du Maçon par M. Toussaint 1864).

"Sur les plus gros chantiers, on établissait une fosse en maçonnerie dans laquelle on éteint la chaux en bouillie, puis, en soulevant une vanne, on la fait tomber dans une fosse plus grande, dans laquelle on la conserve et on la puise selon les besoins ..."

(ceci ne s'applique bien sûr qu'à la chaux aérienne, la chaux hydraulique devant être utilisée rapidement).

Aujourd'hui, l'extinction de la chaux pour le bâtiment est réalisée en usine dans des hydrateurs fonctionnant par aspersion.

USAGES DE LA CHAUX DANS LA CONSTRUCTION

L'utilisation de la chaux a progressivement diminué au profit du ciment même dans les secteurs où ses qualités étaient largement reconnues.

On trouve encore, chez de nombreux artisans maçons une certaine nostalgie pour cette fameuse chaux devenue quasiment introuvable.

Aussi, la chaux doit retrouver une utilisation dans les domaines où son emploi est préférable, grâce à ses qualités de plasticité, d'élasticité, de perméabilité à la vapeur d'eau.

Ces qualités sont particulièrement adaptées à la réalisation d'enduits et badigeons.

Monsieur P. Bergoin, directeur technique des chaux de St Astier écrit:

"Nous pensons que, de tous temps, l'utilisation de chaux en quantité importante dans la construction s'est faite surtout pour les qualités de durcissement qu'elle apportait.

Cette prise diminuait les' temps d'attente et apportait aux ouvrages une tenue aux intempéries et une meilleure durabilité (dans tous les autres cas, la terre suffit amplement.

Pour ce qui est de' la chaux très peu hydraulique (CAEB), des correctifs ont été utilisés dans le passé pour la rendre plus performante et donc surtout "hydraulique" (cf étude CEA bibliographie).

Dans certains cas, on a pu constater un résultat comparable à celui obtenu avec un ciment pouzzolaniques d'aujourd’hui (piscine romaine). Les études, en cours actuellement, montrent qu'il n'est pas conseillé d'employer aujourd'hui une CAEB non bâtarde en travaux de construction ou d'enduit.

Dans tous les cas, un bâtardage s'impose pour retrouver une partie des liants antérieurs."

Les enduits à la chaux

 

La Normalisation

La Chaux Aérienne Eteinte pour le Bâtiment (CAEB) est enregistrée à l'Afnor depuis juin 1981 sous la norme NF P15510

La Chaux Hydraulique est enregistrée à l'Afnor depuis Juin 1981 sous la norme NF P 1531 0

La Chaux Hydraulique Artificielle (XHA) sous la norme NF P 15312

Les XHA ne sont en fait pas des chaux.

Les D.T.U. : Les Documents Techniques Unifiés constituant les éléments techniques de référence dans la Construction en France, sont essentiellement tournés vers la construction neuve. Ils sont une normalisation de base obligée pour les travaux de réhabilitation - restauration.

Le DTU concernant les travaux d'enduits est le DTU 26.1. Enduits aux matières de liants hydrauliques et plâtre.

Ce DTU a été complètement reformulé récemment et ressorti en 1990, car il ne faisait pas place aux liants "chaux naturelles" (CAEB et XHN). On y trouve donc décrites comme réglementaires, les utilisations de mortiers de chaux, badigeons, suivant dosages et recommandations déjà usités sur le terrain par les spécialistes de la restauration.

A noter que le DTU 26.1 ne s'applique pas aux supports terre crue.

La perméabilité

Perméabilité à la vapeur d'eau pour une humidité relative de 45% :

Un enduit doit avoir la possibilité de se sécher aussi vite qu'il se mouille, ce qui sous-entend qu' hydrofugation ou ciment pur est totalement rédhibitoire.

Les avantages

Les enduits traditionnels de tout notre patrimoine architectural étaient réalisés à la chaux avec des sables locaux. Ils sont indispensables pour la restauration et offrent également des avantages pour la construction neuve:

-                          harmonie avec" l'environnement, la chaux respecte la couleur du sable local

-                          facultés d'adaptations intéressantes sur tous supports - peu de faïençage

-                          perméabilité à la vapeur d'eau: le mur "respire", pas de condensation

-                          imperméabilité à l'eau de ruissellement

-                          bonne isolation phonique et thermique

-                          bonne élasticité de l'enduit et donc limitation des fissures.

 

La pratique des enduits à la chaux

Les composants :

 

Le liant: CA.E.B seule (dans des cas précis et assez rares) ou C.A.E.B + liant hydraulique (XHN). La chaux est blanche, blanc cassé ou ocre selon la nature de la roche mère utilisée.

L'eau de gâchage: Elle doit être propre et ne pas contenir de sel pouvant modifier le temps de prise.

Le sable: Tous les sables sont utilisables à condition que leur granulométrie soit acceptable: plus le sable est fin, plus le mortier est facile à travailler mais moins il est compact et résistant. Il faut une proportion forte de grains supérieurs (2 à 3mm). Les observations d'enduits traditionnels révèlent, entre autre, l'usage de sable très grossier: présence de grains supérieurs à 5 mm.

Une deuxième condition réside dans la teneur en argile du sable. Il est conseillé d'utiliser des sables dont la teneur en argile est inférieure à 5%. Les sables de rivières conviennent généralement, les sables de carrières sont également très intéressants par la texture et la couleur qu'ils apportent à l'enduit. Cependant; avant emploi, il faut vérifier s'ils ne sont pas trop gras (trop riches en argile et en particules très fines).

Des sables gras sont également utilisables, soit après lavage, soit en réduisant les dosages en chaux.

Certains enduits traditionnels réalisés à base de sable gras, voire même de terre montrent des qualités d'adhérence et d'aspect non négligeable, attention cependant au retrait et à la fissuration.

Pour vérifier la teneur en argile d'un sable, il suffit de laver ce sable dans un tamis aux mailles de 80 microns et de comparer les quantités de passant et de refus.

A défaut du tamis de 80 microns, on peut réaliser une sédimentométrie simplifiée en laissant décanter dans un bocal de verre, un mélange de sable et d'eau fortement agité. Le sable se dépose en premier, les limons et argiles se déposent en dernier.

 

La part d'argile et limons ne doit pas dépasser environ 5% (1/20 du mélange).

Les dosages

Enduits à la C.A.E.B pure (à. proscrire ou à. utiliser avec précaution) :

Le dosage peut se faire dans la fourchette d'l volume de C.A.E.B pour 2 volumes de sable à 1 pour 3. Il faut noter que la masse volumique de la C.A.E.B. est voisine de 450 g par litre (contre 1200 g par litre pour le ciment). Les d~,ges en ~s ~~ chaux yar m3 de sable sont étonnamment faibles.

 

 

La réalisation d'un enduit lié à la seule chaux aérienne est possible lorsque les conditions suivantes sont réunies:

 

Ø      façades possédant une orientation très favorable ou murs intérieurs;

Ø      être à l'abri des remontées capillaires et hors des zones à risques de stagnation d'eau;

Ø      réalisation par un artisan qualifié capable de mettre en œuvre l'enduit en couches minces permettant une bonne carbonatation;

Ø      respect du rythme préétabli de mise en œuvre (3 semaines minimum entre couches) et dans la période adaptée; (hors risque de gel et dessiccation).

Il est à noter que toutes ces conditions sont rarement réunies :

Conseils Pratiques :

Ø      ne pas réaliser de couches trop épaisses (maximum 10 mm)

Ø      laisser un délai suffisant entre deux couches (au moins une semaine)

Ø      éviter une dessiccation trop rapide. Le mortier doit être maintenu humide pendant plusieurs jours.

Ø      humecter mais avec modération le support.

 

Enduits à la C.A.E.B avec apport de liant hydraulique

L'addition d'une quantité de liant hydraulique à un mortier à la C.A.E.B ne porte pas préjudice aux qualités du mortier de chaux et le rapproche même des qualités des mortiers traditionnels à base de chaux grasses locales.

 

Cette adjonction modérée permet de se libérer de certaines contraintes :

 

Ø      meilleure résistance aux chocs

Ø      meilleure résistance aux intempéries

Ø      prise plus rapide

Ø      meilleure résistance au gel et aux remontées capillaires.

 

DOSAGES POSSIBLES :

 

 

C.A.E.B.

Chaux

hydraul. nat

Sable

Proportion (en seaux et en poids

2/3

150kg

1/3

135kg

2

1000 l

Proportion (en seaux et en poids

2/3

120kg

1/3

110kg

2,5

1000 l

Proportion (en seaux et en poids

3/4

170kg

1/4

100kg

2

1000 l

Proportion (en seaux et en poids

3/4

135kg

1/4

80kg

2,5

1000 l

Proportion (en seaux et en poids

4

150kg

1

67kg

12

1000 l

Ces dosages ne sont donnés qu'à titre indicatif. En effet, les caractéristiques

du sable influent sur la dose de chaux à utiliser (granulométrie, présence d'argile..,)

Test de la plaque de verre: Un test simple permet de "régler" le dosage.

Préparer une petite quantité de mortier avec trois dosages de référence : par exemple (V = volume de référence = un verre)

 

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